Selon les chiffres des Nations Unies, plus de 400 000 Rohingyas, femmes et enfants, ont fui les exactions de l’armée birmane pour trouver refuge au Bangladesh et plus de 400 ont trouvé la mort.

Cette situation alarmante est le résultat d’une escalade de violence entre la junte militaire au pouvoir et cette minorité musulmane.

1. Un conflit latent qui connaît une escalade sans précédent

Le 25 août dernier, une trentaine de postes de police est attaquée par les rebelles de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) qui revendiquent la défense des droits bafoués de la minorité rohingya. En réponse, l’armée birmane a lancé une vaste opération de répression dans l’État de l’Arakan, une région pauvre et reculée de l’ouest du pays où vit principalement la minorité Rohingya.

La mise au ban de la minorité Rohingya en Birmanie remonte aux années 80 avec la mise en place d’une planification par le régime. En 1982, la loi sur la citoyenneté établit la liste des 135 groupes ethniques reconnus. Traditionnellement, le pouvoir est détenu par les Bamar, ethnie majoritaire, installée dans la plaine du centre du pays.

Les Rohyngias, n’étant pas un de ces 135 groupes ethniques reconnus, ils sont pour la plupart apatrides et considérés comme des étrangers en Birmanie, bouddhiste à plus de 90%. Les Rohingyas n’ont, ainsi, pas accès au marché du travail, aux écoles, ni aux hôpitaux ; et la montée du nationalisme bouddhiste, ces dernières années, a attisé l’hostilité à leur encontre.

Utilisant le motif de la lutte contre le terrorisme, les militaires birmans conduisent une nouvelle vague d’exactions à l’encontre des Rohingyas, et visent précisément les populations civiles.

2. Le silence d’Ang Saan Su Kyi

Le redoublement des violences a suscité une vive réaction de la communauté internationale.

Ainsi, le 11 septembre dernier, le Haut-Commissaire des Nations Unis aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad AL HUSSEIN, a qualifié la répression menée par les militaires birmans d’« exemple classique de nettoyage ethnique ».

Le Dalaï Lama a lui aussi lancé un appel, tout particulièrement à la Prix Nobel de la paix et Ministre des Affaires étrangères du pays, Ang Saan Su Kyi, en faveur de la réconciliation entre les communautés.

En effet, Ang Saan Su Kyi a dans un premier temps réfuté les accusations des Nations Unies et a parlé de « fausses informations ». De nombreuses voix se sont alors élevées pour demander que luis soient retirés le Prix Nobel de la paix ainsi que le Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit que le Parlement européen lui avait décerné en 1990.

Le 18 septembre, cette pression internationale l’a conduite à timidement appeler à analyser la situation et à condamner toute violation des droits de l’homme. Elle a également précisé que la Birmanie était ouverte aux enquêteurs des Nations Unies pour mener à bien leur mission.

3. L’Union européenne et l’ensemble de la communauté internationale doivent agir !

Le Parlement a donc adopté une résolution d’urgence le jeudi 14 septembre à Strasbourg afin d’appeler l’Union européenne et les États membres à faire valoir leurs valeurs et à tout faire pour mettre fin à ce nettoyage ethnique.

En parallèle du vote de ce texte et en tant que Vice-Présidente de la commission du Commerce international, je me suis opposée au maintien d’une délégation de parlementaires en Birmanie pour discuter des relations commerciales entre l’UE et la Birmanie. J’ai ainsi interpelé le Président de la commission du Commerce international qui a finalement annulé ce déplacement.

Le refus d’accès à l’aide humanitaire par les autorités birmanes est une violation du droit international. Il est, absolument, fondamental que les organisations humanitaires puissent accéder à toutes les zones de conflit et aux personnes déplacées, sans discrimination. L’Union européenne et les États membres doivent donc d’urgence engager un dialogue avec les autorités birmanes afin que l’accès à cette aide humanitaire soit garanti, et que les enquêteurs des Nations Unies puissent poursuivre leur action sur le terrain.

Il est également urgent que la Haute Représentante et les États membres accentuent leur pression sur le gouvernement birman afin qu’il mette fin à cette situation inhumaine, qu’il protège les civils et qu’il rétablisse le respect des droits de l’homme. L’Union doit également apporter tout soutien, notamment en termes d’aide humanitaire, au Bangladesh qui fait face à un afflux sans précédent de réfugiés.

 

Les défis mondiaux sont certes nombreux, mais la tenue cette semaine de la 72ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies offre aux principaux dirigeants de la planète l’occasion de montrer leur détermination et de prouver qu’ils sont réellement capables de peser sur les affaires du monde.

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